PIE X


PIE X
PIE X

Le pontificat de Pie X n’a duré que onze ans (1903-1914); c’est peu, comparé à celui de ses prédécesseurs immédiats: Léon XIII (25 ans), Pie IX (31 ans), Grégoire XVI (15 ans), mais ce fut tout de même un pontificat marquant, dont l’influence a été profonde, voire décisive et, en certains domaines, durable. Quelque jugement, historique ou idéologique, que l’on puisse porter sur l’orientation donnée à l’Église catholique par ses chefs depuis un siècle et demi, il est incontestable qu’elle a bénéficié d’une série d’hommes de haute valeur et de haute conscience et que, parmi eux, Pie X ne déchoit pas.

Cependant, s’il a été un grand pape, on ne peut guère nier qu’il ait aussi été un des plus discutés. Paradoxe d’autant plus sensible qu’en 1954, solennellement canonisé par son troisième successeur Pie XII, il était le premier pape à monter sur les autels depuis le XVIe siècle, depuis Pie V, le pape de la croisade contre les Turcs et de la victoire de Lépante. Devenu saint Pie X, il n’en a pas pour autant désarmé les controverses, que l’évolution actuelle du catholicisme semble au contraire avoir avivées. Pape de la condamnation du modernisme, il apparaît aux uns comme le champion de la tradition et de l’orthodoxie, aux autres comme l’adversaire du renouveau, de l’ouverture et du progrès dont Léon XIII avait si bien montré la voie.

Dès lors, on ne peut s’étonner que son rôle historique soit apprécié en fonction de la valeur symbolique qu’on lui reconnaît: mainteneur d’une forme de catholicisme que l’on estime, selon les cas, ou seule conforme aux exigences d’une foi authentique, ou définitivement dépassée par la culture contemporaine. Cette constatation rend d’autant plus regrettable l’absence de toute véritable biographie critique. L’ouverture des archives vaticanes jusqu’à l’année 1922 la rend enfin envisageable. Il serait utile en effet que les nombreuses recherches consacrées à la décennie de ce pontificat soient couronnées par une étude générale de fond.

Une très grande activité

Né à Riese, petit bourg de Vénétie – bastion du catholicisme italien –, et fils d’un agent communal, Giuseppe Sarto devait avoir une carrière ecclésiastique exceptionnellement heureuse: parti d’une origine très humble, qui demeura une de ses caractéristiques, il gravit tous les échelons de la hiérarchie. On doit ajouter que cette carrière fut très classique, tout entière consacrée au ministère pastoral. Entré au séminaire à l’âge de 15 ans, il en sortit prêtre à 23 ans et fut successivement vicaire, curé, directeur spirituel du séminaire et chancelier du diocèse de Trévise, évêque de Mantoue en 1884, patriarche de Venise en 1893. Partout, on avait remarqué son train de vie modeste, son zèle pastoral et son souci du clergé, son goût pour la musique sacrée et le culte, mais de plus son habileté dans les affaires aussi bien financières que politiques.

Quand Léon XIII mourut, en 1903, on lui donnait volontiers pour successeur le cardinal Rampolla, son secrétaire d’État. Les Français désiraient ce dernier, mais les Italiens ne l’aimaient pas. Très vite, ses chances apparurent négligeables, et l’empereur d’Autriche se donna le luxe de lui opposer son veto à la demande des évêques polonais. Sarto fut élu: il avait 68 ans.

Le nouveau pape déploya une très grande activité; son pontificat compte 3 322 documents officiels, 1 167 nominations et transferts d’évêques et archevêques, 175 territoires pourvus de juridiction. C’est ainsi que, sur le plan administratif, il entreprit, par exemple, la codification du droit canonique (le nouveau Code, promulgué en 1917 par son successeur Benoît XV, a été en vigueur jusqu’à la révision de 1983), la réforme de la Curie romaine et du diocèse de Rome, la réorganisation des séminaires et des congrégations religieuses, un aménagement des règles concernant les évêques, les curés, le mariage religieux. Sur le plan pastoral, il ordonna la visite apostolique du diocèse de Rome, puis de tous les diocèses et séminaires italiens, promulgua deux catéchismes successifs où il voyait un modèle universellement valable, favorisa la communion précoce et fréquente, révisa la liturgie, établit un nouveau bréviaire, remit en honneur le chant grégorien, développa ses contacts avec l’épiscopat du monde entier, etc. Sur le plan intellectuel, il confia aux jésuites la fondation d’un Institut biblique à Rome, et aux bénédictins la révision du texte de la Vulgate latine. Sur le plan politique, les deux points marquants furent l’amélioration progressive des relations du Saint-Siège avec l’Italie (ce qu’on appela l’alliance clérico-modérée, face à la montée du socialisme) et la rupture des relations diplomatiques avec la France (1904), suivie par la condamnation de la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État.

Un combat désespéré contre la société moderne

Malgré l’importance de cette œuvre, c’est surtout sur le plan doctrinal que l’action de Pie X a été spectaculaire, sans doute à cause de son aspect répressif: cent deux auteurs furent atteints par l’Index, et certains plusieurs fois ou pour plusieurs livres, voire l’ensemble de leurs travaux, sans parler des périodiques interdits; cinq prêtres et une religieuse furent excommuniés. Les condamnations les plus marquantes furent celles du modernisme (décret Lamentabili du 3 juillet 1907, encyclique Pascendi du 8 septembre 1907) et du Sillon (lettre Notre charge du 25 août 1910); Pie X, en outre, se montra défavorable à l’autonomie des catholiques en matière politique ou sociale par rapport aux directives ecclésiastiques; et il insista beaucoup sur le caractère ouvertement confessionnel des œuvres catholiques et des syndicats chrétiens.

Pie X avait pris pour devise: «Tout restaurer dans le Christ.» Il traduisit: concentration de l’action catholique, réorganisation de l’appareil administratif, développement de la vie religieuse, maintien de l’unité doctrinale, retour à la pureté des traditions; et, pour cela, lutte impitoyable contre les forces centrifuges et les tendances novatrices. Dès sa première encyclique, il ne cache rien de ses appréhensions devant les «projets insensés» qui aboutissent à un rejet de Dieu, aujourd’hui «presque commun»: «Qui pèse ces choses a droit de craindre qu’une telle perversion des esprits ne soit le commencement des maux annoncés pour la fin des temps et que véritablement l’Antéchrist dont parle saint Paul ne se trouve déjà parmi nous.» Face à une société qui lui apparaît comme une contre-Église, l’Église se constitue en contre-société. La bourgeoisie a beau se présenter comme le parti de l’ordre, Pie X ne cède pas à son mirage: «Vaines espérances, peines perdues! De partis d’ordre il n’y en a qu’un: le parti de Dieu.»

On trouverait sans peine des textes analogues chez Léon XIII, et il ne faut pas trop opposer les deux pontifes, l’un politique et libéral, l’autre religieux et fermé; du premier au second, c’est au contraire une même tradition idéologique qui se transmet. Mais l’évolution politique amorcée à la fin du siècle précédent s’accélère, introduisant dans l’Église un principe de dissension et de division: face au péril social croissant, faut-il maintenir la vieille intransigeance d’un front catholique ou négocier des alliances tactiques, voire amorcer des révisions plus profondes? En présence des courants novateurs qui agitent les milieux catholiques, Pie X mène un combat désespéré, gémissant de son isolement et soutenant les éléments les plus traditionalistes, mais obligé de compter avec les forces plus avancées qu’il ne pouvait ni éliminer ni désavouer, et dont rien n’arrêtait la progression.

La forte volonté de Pie X n’a disposé, finalement, que d’une faible autorité: volonté plus forte qu’on ne le répète souvent, autorité plus faible qu’on ne le croit partout. Ainsi s’explique que ce pape, mort en laissant la réputation d’un saint, soit aussi demeuré un signe de contradiction entre catholiques, le symbole de tout ce que les uns défendent et que les autres refusent.

Pie X
(saint) (Giuseppe Sarto) (1835 - 1914) pape de 1903 à 1914. Il entra en conflit avec la France, à l'occasion de la séparation de l'église et de l'état, en 1905; il condamna le mouvement "le Sillon" de Marc Sangnier (1910) (qui prônait un christianisme social) et le modernisme.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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